Oui, mais quelle est la question ?

Oui, mais quelle est la question ?

Bernard Pivot, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Dans ma vie la place du livre a été :
- de 0 à 10 ans : quasi inexistante, mais lecture intensive du Petit
Larousse.
- de 11 à 20 ans : scolaire, intermittente.
- de 20 à 23 ans : un peu plus présente mais fugace.
- de 23 à 70 ans : énorme, quotidienne, permanente, passionnelle,
obsessionnelle, professionnelle.
- à partir de 70 ans : avec un peu moins d'intensité mais toujours avec
plaisir.

Quatrième de couverture

«Pour mon malheur, le questionnement grâce auquel je me suis fait un nom dans la presse écrite, à la radio et à la télévision, s'est étendu à ma vie privée. Je souffre d'une maladie chronique que j'appelle la "questionnite". Son symptôme est évident, identifié de tous mes proches : je n'arrête pas de leur poser des questions. Je ne peux pas m'en empêcher. C'est plus fort que moi. C'est une seconde nature. Je suis en état de perpétuelle curiosité. Et de manque si je n'arrive pas à la satisfaire. Je ne suis pas le type qui se contente d'un machinal "Comment vas-tu ?". Je veux savoir. Quoi ? Peu importe, je veux savoir. Toute personne détient de grands et de petits secrets qu'elle n'entend pas divulguer, mais que mes questions peuvent l'amener à avouer. Il n'v a pas d'homme ou de femme sans double fond. Sans mystères, sans cachotteries, sans arrière-pensées. Moi, j'en ai. Beaucoup. Heureusement, je ne suis jamais tombé sur un loustic comme moi qui vous bombarde de questions et qui, à la longue, devient insupportable.»

Adam Hitch est un journaliste dont la vie sentimentale est ravagée par son addiction aux questions. En racontant son histoire, avec humour et élégance, Bernard Pivot a-t-il écrit un roman ou son autobiographie ?

Bernard Pivot est davantage que le plus célèbre journaliste littéraire : il est celui qui incarne à lui seul l'amour des livres et de la lecture. Son talent de plume - qui se révèle pleinement avec ce roman - lui a déjà permis de conquérir un public nombreux et fidèle, comme le montre le succès de son dernier ouvrage Les Mots de ma vie (Albin Michel, 2011).

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Jean Birnbaum - Le Monde du 4 octobre 2012
Françoise Dargent - Le Figaro du 4 octobre 2012
François Busnel - L'Express, octobre 2012
Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 20 septembre 2012

Extrait de Oui, mais quelle est la question ?

La confession

La veille de ma confirmation - j'avais donc treize ans - je découvris par hasard la technique et le plaisir de poser des questions pour ne pas avoir à y répondre. C'était à confesse. D'habitude, le prêtre me demandait quels chagrins j'avais causés à Jésus depuis la dernière fois que nous nous étions réunis tous les trois, Jésus, le prêtre et moi. J'énumérais rapidement quelques péchés, toujours dans le même ordre. Le confesseur n'insistait pas et m'absolvait. Deux «Notre Père», deux «Je vous salue, Marie», et je me relevais pour laisser la place à un camarade. Rien de gênant dans cette confession routinière. On était dans la convention. Cela m'allait très bien. Tout était dit d'avance. Dans les religions, tout est écrit d'avance. C'est leur force, gage de pérennité. Qu'est-ce que le rituel ? Des réponses formatées à des questions oubliées.
Mais la confession avant la confirmation du lendemain ne serait pas aussi simple. À coup sûr, elle ressemblerait à celle de l'année précédente, qui préparait à la communion solennelle. Elle avait été longue, minutieuse, indiscrète, très gênante. J'avais été obligé de ne rien laisser dans l'ombre. J'avais aussi écopé de deux «Notre Père» et de deux «Je vous salue, Marie», mais après avoir été forcé de passer ma conscience au gant de crin. Il était probable que la même épreuve m'attendait, surtout que j'étais tombé sur le même inquisiteur. Pauvre petit pécheur !
- As-tu été paresseux ?
- Ben, oui...
- Cela a l'air de te paraître évident ?
- Ben, oui... C'est agréable de souffler un peu de temps en temps, de rêver, de rien faire.
- As-tu commis le péché de gourmandise ?
- Oui, bien sûr !
- Pourquoi bien sûr ?
- C'est bon, alors j'en reprends.
- T'es-tu montré jaloux ? Envieux ?
- Euh..., oui.
- Vis-à-vis de qui ?
(Question idiote : est-ce que je peux être jaloux de lui ? de De Gaulle ? de Corneille ? de Racine ? de Vercingétorix ?)
- De mes camarades, évidemment !
- Lesquels ?
- J'envie mes camarades qui apprennent plus vite que moi, qui courent plus vite que moi, qui jouent au foot mieux que moi...