Mari et femme

Mari et femme

Madeleine Chapsal, quelle place tiennent les livres dans votre vie ?

Ils sont mon miroir, je me regarde dans les livres des autres comme dans les miens pour savoir qui je suis...

Quatrième de couverture

Jeunes mariés, Julien et Albane s'adorent au point qu'ils ont le sentiment de ne former qu'un seul être... Famille, amis, tout ce qui a fait leur passé a disparu. C'est la fameuse «illusion amoureuse», laquelle - chacun le sait - ne dure qu'un temps. Non qu'ils cessent de s'aimer mais ils vont prendre conscience de leurs différences et, du coup, de leur solitude.
Déjà ils n'ont pas vécu la même jeunesse, ce que constate avec agacement Albane lorsque Julien retrouve un ami d'autrefois. C'est pire encore lorsque Albane, sans l'avoir souhaité, tombe enceinte. Elle possède ce privilège : se sentir mère, ce qui n'est pas la même chose qu'être père... Sans compter qu'à l'instant où le bébé naît c'en est fini d'être deux, ils sont trois...
Pour tenter de reconstruire leur intimité, Julien organise un voyage à deux au Maroc. Mais une rencontre va tout changer : un cinéaste en repérage propose un rôle à Albane. Albane, tentée, flattée, finit par dire oui.
Comment un homme peut-il supporter de vivre avec une femme qui, pour faire du cinéma, doit entrer dans la peau de personnages qui ne sont pas elle ? Pour ne pas trop souffrir ni s'interroger Julien se concentre sur son travail - il est architecte - et finit par entrer en relation avec une femme qui fait le même métier. De son côté, Albane est sous le charme du réalisateur, lequel la manipule sans scrupules pour obtenir les effets et les émotions nécessaires à son film.
Est-ce la fin du couple ? Ils en parlent, ils l'envisagent. Toutefois leur amour est vrai et ils vont en prendre conscience...
Comment faire, quand on s'aime, pour continuer à vivre avec cet étranger que finit pas devenir votre conjoint ?
Un drame que connaissent tous les couples, même les plus unis.

Madeleine Chapsal compte parmi nos auteurs français les plus populaires. Ses fidèles lectrices lui avouent se reconnaître dans chacun de ses livres.
Romancière, journaliste, dramaturge, ex-membre du jury du prix Femina (dont elle fut exclue avec fracas en 2006), elle a récemment rendu hommage à son "fils de coeur", David Servan Schreiber, dans son dernier livre David paru chez Fayard.
Parmi ses derniers titres : Ces voix que j'entends encore, recueil d'entretiens de personnalités incontournables menées pour L'Express, A qui tu penses quand tu me fais l'amour ?, La mort rôde et Deux soeurs.

Extrait de Mari et femme

Quand le cercueil encordé commença de disparaître dans le caveau, la femme en deuil faillit rire.
De la mise en bière jusqu'à la mise en terre, ce rituel lui semblait tellement saugrenu ! Une tragicomédie ! Car on a beau savoir que naître ne mène qu'à mourir, quand la mort survient pour de bon on se trouve pris de court et on la nie ! Comme on le faisait avant qu'elle survienne : «Pas moi, pas nous, cela ne risque pas de nous arriver !»
Eh bien si ! Julien, son aimé, son mari, est mort et elle assiste à son enterrement. De même qu'elle a assisté à sa dégradation, à ce qu'on appelle l'agonie. Ralentissement de la respiration, puis du coeur, puis silence, puis refroidissement de ce qu'il est convenu - encore un rituel - d'appeler le cadavre.
C'est sans dégoût quoique étonnée qu'à plusieurs reprises Albane a posé ses lèvres sur le front glacial du mort, de ce mort qui est le sien ; peut-on dire cela, peut-on dire «mon mort» ?
Ils en avaient ri ensemble : «Quand l'un de nous deux sera mort, l'autre ira se retirer... où ?» «Moi dans le Var..., disait-elle en riant, j'y ai de bons souvenirs !
- Tu ne m'y trouveras pas, je serai dans les Côtes-d'Armor !
- Brrr, quel froid il y fait, pas pour moi ce coin-là !»
S'ils riaient, c'est qu'ils n'y croyaient pas du tout, à la mort annoncée, pas plus à la sienne qu'à celle de l'autre... De même qu'elle ne croit pas aujourd'hui à celle de Julien en dépit du cérémonial...
Pourquoi tous ces gens viennent-ils l'embrasser, lui chuchoter des mots émus ? Pour la consoler de quoi ? Encore une comédie, ces condoléances !
Ils n'étaient qu'un seul être, elle et Julien, et il est toujours avec elle.
La preuve : elle ne pleure pas.
Que les autres aient la larme à l'oeil, c'est leur affaire, mais ils se méprennent : ils croient Julien mort, alors qu'il n'a jamais été aussi présent.
Albane est blottie contre lui.