Au secours ! les mots m'ont mangé

Au secours ! les mots m'ont mangé

Quatrième de couverture

«On déguste des phrases. On savoure des textes. On boit des paroles. On s'empiffre de mots. Écriture et lecture relèvent de l'alimentation. Mais la vérité est tout autre : ce sont les mots qui nous grignotent, ce sont les livres qui nous avalent.»

Bernard Pivot

Écrit par admiration des écrivains, dit sur scène par son auteur, ce texte est une déclaration d'amour fou à notre langue. Bernard Pivot y raconte la vie d'un homme qui, malgré ses succès de romancier - invitation à Apostrophes, consécration au Goncourt -, a toujours eu l'impression d'être mangé par les mots. Leur jouet plutôt que leur maître. Un hommage malicieux, inventif et drôle aux hôtes du dictionnaire.

Créateur et animateur ^Apostrophes, de Bouillon de culture et de Double je, après vingt ans dé dictées sur France Télévisions, Bernard Pivot est aujourd'hui critique littéraire au Journal du Dimanche et président de l'académie Goncourt.

Les coups de coeur de la presse

Ce livre est recommandé par :
Jérôme Garcin - L'Obs du 12 mai 2016
Patrice Trapier - Le Journal du Dimanche du 30 avril 2016
Marianne Payot - L'Express, avril 2016

Extrait de Au secours ! les mots m'ont mangé

En un mot commençant

Comme il est agréable de se laisser aller de temps à autre à la fantaisie, à la loufoquerie, à une vision ébouriffante de la réalité ! Au secours ! Les mots m'ont mangé est la complainte d'un écrivain qui a toujours eu l'impression d'être esclave des mots plutôt que leur maître. Leur subordonné plutôt que leur ayant droit. Mais n'est-ce pas après tout le sentiment que beaucoup d'auteurs éprouvent sans avoir le courage de le reconnaître, préférant la posture du libre graphomane à la situation du gensdelettres enchaîné ?

Les mots, leur choix, leur appropriation, leur utilisation, leur agencement, sont l'obsession des écrivains. Leur multitude est effrayante. De leur disponibilité naît l'impression d'une toute-puissance sur eux alors que leur paisible tranquillité est un leurre : malins, subtils, ils s'introduisent en permanence dans la tête des écrivains et gouvernent au moins autant leurs pensées qu'ils se plient à leur réflexion. Dans le combat qui les oppose les mots ne crient jamais victoire. Ils sont silencieux et modestes. Ils abandonnent aux signataires la gloire du Goncourt et du Nobel. A-t-on déjà vu un lauréat remercier les mots de leur collaboration ?

Ce petit texte qu'on va lire, qui célèbre la puissance des hôtes du dictionnaire, a été écrit pour être dit sur scène. Pour être joué. Ayant le projet d'une série de spectacles sur le thème du langage, Jean-Michel Ribes m'avait demandé une contribution pour son théâtre du Rond-Point. Ce que je fis, y trouvant bien du plaisir. Et de l'amusement quand, une demi-douzaine de fois dans la salle Jean Tardieu, puis à l'opéra de Nancy, pendant la fête du Livre sur la place, j'interprétai ma pochade, le texte sous les yeux. Il va de soi qu'un vrai comédien en obtiendrait de bien meilleurs effets.

Avec cet écrivain qui raconte sa vie depuis sa naissance jusqu'à sa comparution devant Dieu, je n'ai d'autre lien que la proximité de l'âge, ainsi que l'amour et la crainte des mots. Normalien, agrégé de lettres, prix Goncourt, il a été mon invité à Apostrophes, je le confirme. Ce n'est pas mon auteur préféré, mais j'ai décidé de squatter son bureau, car j'apprécie sa manière de jouer avec les mots et sa conscience d'en être le jouet. Il n'est pas interdit d'être ému par son douloureux parcours, quoique chatoyant et cocasse.